Non, vous ne rêvez pas : Microsoft est un champion de l’open source. L’entreprise vient d’annoncer qu’elle ouvre plus de 60 000 de ses brevets au sein du consortium Open Invention Network, afin de protéger ses partenaires et clients contre des procès abusifs. Mais en vérité, le soutien de Microsoft à l’open source n’est pas nouveau, et cette annonce est le résultat d’une lente transformation ces 10 dernières années.

Les moins jeunes d’entre nous se rappellent encore sans doute d’une époque ou Microsoft incarnait l’ennemi juré du logiciel libre. Bien du temps a passé depuis lors, et si Linux n’a jamais su détrôner Windows dans l’informatique personnelle, il s’est progressivement imposé sur le marché des serveurs, et la philosophie du libre a conquis le monde du développement informatique. De tous les acteurs de l’époque, c’est peut-être Microsoft qui a connu le plus profond changement, en devenant au fil des ans l’un des plus grands contributeurs open source au monde. Le 11 octobre, la société de Redmond a finalisé cette transition en annonçant avoir rejoint l’Open Invention Network (OIN), un consortium de brevets open source.

 

Plus de 60 000 brevets ouverts

Cela signifie qu’elle va autoriser l’utilisation gratuite de l’ensemble de ses brevets concernant Linux, soit plus de 60 000 d’entre eux, pour tous les membres du consortium. Avant que Microsoft ne le rejoigne, ce dernier comptait environ 1300 brevets contribués par 2650 membres. L’objectif de l’OIN est de garantir une sorte de pacte de non-agression légale entre ses membres. La condition pour rejoindre le consortium est de s’engager à laisser les autres membres utiliser ses brevets sans royalties et vice versa. L’OIN compte parmi ses membres Google et IBM en plus de champions du libre comme Red Hat ou Suse.

 

Cette décision est apparemment le fruit de mures réflexions en interne pour Microsoft, mais elle est surtout l’aboutissement d’une décennie d’ouverture. Qu’il s’agisse de .NET ou des rachats de Xamarin puis GitHub, l’implication de Microsoft dans l’open source n’a eu de cesse de croître, à tel point que l’entreprise se déclare aujourd’hui “plus grand supporter de l’open source au monde”, avec plus de 2000 projets ouverts et 20 000 ingénieurs publiant sur GitHub.

 

L’aboutissement logique d’une longue transformation tirée par Azure

C’est aussi un nouveau constat sur la réduction de l’importance de Windows pour Microsoft face à Azure, son offre cloud, qui se repose nécessairement sur des technologies open source et se doit d’en proposer à ses clients. De ce point de vue, pleinement adopter l’approche open source était un choix stratégique logique pour l’entreprise, même s’il n’est pas sans conséquence. On se rappellera par exemple qu’en 2014, Microsoft touchait plus de 3 milliards de dollars de royalties de la part des constructeurs de smartphones Android grâce à ses brevets.

 

Ces derniers sont désormais open source, de même que ceux concernant le noyau Linux, OpenStack, ou HyperLedger. L’un des objectifs affichés par Microsoft est de protéger ses partenaires et clients des “patent-trolls”, ces entreprises qui n’ont pas d’activité à proprement parler et se contentent de racheter des brevets pour ensuite attaquer d’autres entreprises en justice. Microsoft avait déjà mis en place des protections en ce sens au sein d’Azure.